Thoreau…

Comme vous allez sans doute le remarquer tout au long de la vie de ce nouveau Webzine, je ne vais pas noter de 1 à 5, juger dans cette rubrique Culture, des « produits » culturels mais vous proposer de simples articles, plus ou moins long, sur des sujets culturels en vous exposant mon avis et mon ressenti. Et en guise d’introduction je vais vous parler d’une pièce de théâtre que j’ai vu début février.

J’admire Thoreau comme j’admire tous ces intellectuels qui ont voulu sortir de la société pour construire autre chose. Au lieu de la changer de l’intérieur ils ont simplement décidé de l’ignorer. J’ai vu dans l’oeuvre de Thoreau une critique de cette société, une description forte de ce que je ne comprends pas dans la politique et un retour à un minimalisme existentiel. Le transcendantalisme que fait Thoreau est considéré comme les débuts de l’écologie, de l’observation raisonnée de la nature et de notre environnement.

C’est cette interprétation de notre monde que je souhaitais retrouver dans la pièce « Ma Cabane », faite d’après Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau, conçue par Romona Poenaru et Gaël Chaillat, et que j’ai vu au TAPS (théâtre actuel et public de Strasbourg).

Compagnie des Châteaux en l’air : site web

Art contemporain

Mais la claque fut rapide, je me suis retrouvée face à une pièce ou plutôt une installation vivante d’art contemporain.

La pièce commence par des bruits d’élève suivis de bruits d’animaux et pose ainsi de suite l’histoire de sa création. Cette oeuvre a été faite en collaboration avec des jeunes élèves interrogés sur des notions tel que le minimalisme, retranscris dans la pièce sous forme de chuchotement ou d’énumération rapide. En même temps que cette bande sonore, un homme, seul acteur sur scène, évolue dans un décor de cartons, représentant la cabane de Thoreau. Pendant que cet homme bouge les cartons, les empile, les déplace, une projection de lumière change l’ambiance visuelle, se calquant aux différents reliefs.

Mes premières réactions étaient:

  • Mais pourquoi ils nous montrent de la folie et de l’énervement (dans le jeu d’acteur de l’homme) alors que je vois en Thoreau quelqu’un d’au contraire raisonné et calme ?
  • Pourquoi ils utilisent simplement des phrases de Thoreau comme support de réflexion sans en expliquer ou même simplement évoquer le sens révolutionnaire ?
  • Pourquoi il empile des cartons ? Pourquoi il en fout un sur sa tête ? C’est ça la représentation de la cabane ?
  • Pourquoi je ne vois pas ce que je vois MOI en Thoreau ?

A la fin de cette installation, les artistes nous ont proposé de poser des questions, et aux diverses interrogations du public sur le sens de certain symbole, Ramona Poenaru répondait simplement :

Qu’en avez-vous pensé vous ?

Toutes les questions sur le sens restaient sans réponses, ouvertes à notre propre interprétation. Et c’est justement à ce moment que la notion d’interprétation est revenue en moi. Et que j’ai apprécié ce que je venais de voir.

L’interprétation de l’oeuvre est une notion des plus importante lorsqu’on évoque la qualité d’un produit culturel. Cette pièce m’a fait comprendre qu’il m’est impossible de juger une oeuvre car mon jugement est trop influencé par mon attente.

Alors que je ne vois qu’une fuite de la société dans les oeuvres de Thoreau, eux ont vu un outil pour s’évader et avec du recul c’était plutôt apaisant. L’accent était mis sur la cabane et le rôle qu’elle a dans la recherche de la solitude. Dans le jeu de question/réponse à la fin de « Ma Cabane », les artistes évoquaient la cabane de notre enfance, cette espace où l’on fuit pour mieux se retrouver.

Évoquée par de nombreux sociologues, l’appropriation d’une oeuvre par son lecteur lui confère une interprétation très personnelle…

Et comme nous l’explique Karim Debbache dans Chroma avec l’exemple du film Troll 2, les films peuvent être classés dans tellement de catégories différentes selon le but que l’on recherche pendant leurs visionnages que les noter ou les considérer comme bon ou mauvais est impossible. (entre parenthèse je conseille fortement de regarder ce premier épisode de Chroma !)

Alors je poursuis ses interrogations :

Peut-on considérer toutes créations humaines comme une oeuvre soumise à la subjectivité de chaque lecteur ?
Si notre jugement n’est jamais objectif car influencé par notre attente, peut-on noter une oeuvre d’art ?

(Vous avez 2 heures 😉 )

Cultivorisme

En partant de cette interrogation, j’ai envie de rejoindre Solange te parle lorsqu’elle veut bouffer de l’art, bouffons des produits culturels sans nous arrêter à nos jugements…

Bouffons de l’art sans forcement vouloir le comprendre ou l’apprécier! 

Je n’ai absolument rien compris à « Ma Cabane », je n’ai pas vu les petites finesses probablement cachées dans le symbole du carton, mais la pièce m’a apaisée et a le mérite de m’avoir fait réfléchir.

T’es-tu déjà retrouvé complètement perdu devant une oeuvre d’art ? un film ? un spectacle ? Que penses-tu de l’art contemporain ?