Wanderlust, cette envie irrésistible de vagabonder, d’errer et de découvrir le monde. 

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Lac de Longemer

Ce que j’aime dans la marche c’est le fait d’accéder à des lieux qui sont en dehors de notre quotidien et de me dire que j’ai le temps, j’ai pris le temps, une heure, trois heures, cinq heures, pour explorer, ne faire qu’observer, penser et marcher.

Quand on est plusieurs c’est aussi le temps de parler de tout. Une randonnée entre amis, c’est l’occasion de se parler de notre vie, des anecdotes qui, en soirée, ne sont pas racontées. On prend le temps de se connaître complètement et intimement. Car dans la nature, l’intimité ressort.

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Le Voyageur contemplant une mer de nuages (Huile sur toile de Caspar David Friedrich – détail – 1817-1818)

Je suis née dans une famille d’alpiniste, ma mère a monté le Mont-blanc avant ses 18 ans. J’ai donc depuis toute petite été habitué à marcher ! Depuis maintenant 6/7 ans, dès que je voyage, je fais des randonnées et des trekkings. Je suis allée en Inde où j’ai traversé le Kerala et le Tamil Nadu, je suis allée au Nord du Laos, j’ai randonnée dans la vallée de Katmandou et au bord du Lac Baïkal en Sibérie… Et il y a peu j’ai commencé à marcher sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, de Hendaye à Bilbao.

Alors bien-sûr j’ai connu les ampoules horribles (je vous épargne la vision des photos, bien que j’ai adoré les montrer à tout le monde tellement c’était incroyable 🙂 ), l’impression que la journée sera interminable, la fatigue, les problèmes climatiques, mais malgré tout ça, c’est fou la volonté que j’avais à recommencer le lendemain !

Mais le vagabondage peut aussi être une errance intellectuelle, immatérielle. Le Wanderlust c’est vouloir tout découvrir dans tous les sens du terme ! C’est le besoin d’explorer. 

Et outre le facteur familial, quelques auteurs m’ont vraiment marqué et je vais vous en présenter quelques uns…

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Sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle


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Le célèbre Sylvain Tesson, avec son éloge de l’énergie vagabonde (cette faculté de se précipiter dans l’inconnu) et son petit traité sur l’immensité du monde, il m’a fait découvrir ce personnage qu’est le Wanderer, mots allemand qui signifie « voyageur » ou « randonneur », c’est ce marcheur sans attache qui avance à pied, qui ne cherche rien de particulier et qui souhaite simplement, solitairement, parcourir le monde. Il évoque dans ses livres des références littéraires, historiques et culturelles, des descriptions de la nature, parfois très géographiques, la randonnée, le voyage, l’escalade, sa vision du monde et de la société… Il manie magnifiquement bien la langue française, à chacune de ses interventions j’en reste bouche bée et je me dis qu’il est unique. Admirative, en lisant dans les forêts de Sibérie, j’ai marché sur ses traces en Sibérie où il a vécu 6 mois en ermite, au bord du lac Baïkal.

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Le Lac Baïkal

« Il est cependant une autre catégorie de nomades. Pour eux, ni tarentelle ni transhumance. Ils ne conduisent pas de troupeaux et n’appartiennent à aucun groupe. Ils se contentent de voyager silencieusement, pour eux-mêmes, parfois en eux-mêmes. On les croise sur les chemins de monde. Ils vont seuls, avec lenteur, sans autre but que celui d’avancer. »

 Il m’a aussi aidé à aimer la solitude, la comprendre et l’utiliser contre les attaques extérieures.

« L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est l’obligation de vivre avec eux. Le mieux consiste donc à construire un donjon solitaire avec le ciment de son rêve suffisamment solide pour que le ressac du monde extérieur s’y fracasse. »

Pour comprendre un peu le personnage, je vous invite à regarder cette vidéo.


into_the_wild_webzine_welivePuis il y a eu Into the Wild. Je vous l’accorde, ce n’est pas très original, MAIS, le livre de Jon Krakauer permet vraiment de comprendre Chris McCandless. Ce livre est plutôt une enquête qu’un roman, sur ce jeune qui a voulu fuir la société qu’il ne comprenait pas, pour partir vivre seul, dans la nature, en Alaska au pied du mont McKinley. On y découvre aussi toute sa préparation avant son départ.

« Il y a tant de gens qui ne sont pas heureux et qui, pourtant, ne prendront pas l’initiative de changer leur situation parce qu’ils sont conditionnés à vivre dans la sécurité, le conformisme, toutes choses qui semblent apporter la paix de l’esprit, mais rien n’est plus nuisible à l’esprit aventureux d’un homme qu’un avenir assuré. Le noyau central de l’esprit vivant d’un homme, c’est sa passion pour l’aventure. »

Puis bon… après oui il y a eu le film, puis la magnifique, l’exceptionnelle BO d’Eddie Vedder, je pense que je ne m’en lasserais jamais !

♫…Society, you’re a crazy breed I hope you’re not lonely without me

C’est surtout un livre bourré de référence, parce que Chris McCandless était énormément influencé par la littérature américaine dont Jack London, Thoreau et les auteurs de la Beat Generation.


J’évoquais plus haut l’errance intellectuelle que pouvait représenter le Wanderlust, et je pense justement que les auteurs de la Beat Generation sont de bon représentant dont mon chouchou : Allen Ginsberg. 

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Allen Ginsberg et Jack Kerouac

Ils représentaient l’horreur par des poèmes, par de l’art, sonnant comme le jazz, nous montrant le “bop apocalypse” comme ils l’ont vu et vécu. Dans leurs textes rien n’est censuré, la vie est ce qu’elle est, ils ne se positionnent pas entant qu’aveugle, ils retranscrivent toute la vie dans des mots parfois cruels, parfois métaphorique. Ces hommes, Kerouac, Allen ou le clochard céleste ont décidé de vivre, en sortant de la société, en vivant en dehors des injonctions et des normes jusqu’à atteindre une certaine folie.

Leurs textes sont tellement intimes et sensibles qu’on s’attache énormément à eux, à leurs personnages, à leurs personnalités et à leurs aventures. Je suis émue à la moindre évocation de toute cette bande de jeune, très très beaux qui plus est, qui ont mélangé la démence au génie.

Bien-sûr il y a Sur la Route de Kerouac, qui décrit tout cet univers…

« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirez ou les désapprouvez, les glorifiez ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent. »

Mais le livre qui m’a le plus marqué est Howl de Ginsberg et deux poèmes : Holy et Moloch.

howl_ginsberg_webzine_weliveCe recueil de poème est un véritable cri, un hurlement, un « manifeste historique d’une esthétique révolutionnaire et totalement nouvelle », c’est une oeuvre poétique, politique, une description terrifiante de la société.  Je vous en ferais une description plus complète dans un prochain article mais voici quelques citations (en anglais cette fois parce que le rythme est très important).

Moloch whose love is endless oil and stone! Moloch whose soul is electricity and banks! Moloch whose poverty is the specter of genius! Moloch whose fate is a cloud of sexless hydrogen! Moloch whose name is the Mind (Moloch)

Holy the groaning saxophone! Holy the bop apocalypse! Holy the jazzbands marijuana hipsters peace & junk & drums! Holy the solitudes of skyscrapers and pavements! Holy the cafeterias filled with the millions! Holy the mysterious rivers of tears under the streets! (Holy)

Vous pouvez voir le poème Holy interprété par James Franco dans le film « Howl » ici ! 


thoreau-webzine-weliveEnfin les livres de Thoreau : nature, transcendantalisme et écologie… On peut dire que c’est l’origine de tout, tous les auteurs cités précédemment se sont inspirés de ses livres. Henry David Thoreau est un philosophe naturaliste américain du XIXème siècle. Son oeuvre la plus connue est Walden, ou la vie dans les bois, où il y décrit son expérience de vivre durant 2 ans et demi dans une cabane, au bord de l’étang Walden (ça ne vous rappelle rien ? 😉 ). Il a aussi écrit beaucoup d’essais dont « La désobéissance civile » et « La vie sans principe ». 

C’est avec beaucoup de calme qu’il nous explique sont désintérêt pour les problèmes de société et de politique et son amour pour la nature, pour la philosophie et le vagabondage.

« Ce qu’on appelle politique est en comparaison si superficielle et inhumaine que, dans les faits, je n’ai jamais vraiment reconnu que cela me concerne le moins du monde »(La vie sans principe)

de_la_marche_thoreau_welive_webzineHumaniste, il préfère croire en la bonté naturelle de l’homme, en sa capacité à juger le bien et le mal par sa conscience, plutôt que se laisser guider par les lois, la politique, le système.

Nous devons être d’abord des hommes et seulement ensuite des citoyens.

Dans un essai qui se nomme  De la marche, issu d’une conférence donnée en 1851, il dresse un éloge de la marche, de son amour pour cette activité salutaire et libératrice, qui laisse entièrement apparaître Thoreau comme le précurseur de l’écologie.

Je rêve d’un peuple qui commencerait par brûler les clôtures et laisser croître les forêts !

Thoreau m’a permis de réfléchir et de mettre au clair mes pensées politiques, et oui, je peux dire que ma pensée sur la société se rapproche d’un type vivant dans le Massachusetts en 1850 !  Alors mélange ça avec la folie d’un beatnik alcoolisé et hypnotisé par le jazz, un gars qui a tout abandonné pour vivre dans un bus au milieu de l’Alaska et un autre complètement solitaire qui ne peut pas rester en place, obligé de traverser à pied toute la Russie… en un mot : Wanderlust !

Et toi ? Quelles sont les inspirations qui te poussent à bouger ? Fait moi découvrir des auteurs, des livres, des films, des musiques sur ce thème!