Ce soir (ou plutôt hier soir vu l’heure) j’ai lu un article sur le hashtag d’actualité #balancetonporc qui fait écho avec une discussion passionnée à ce sujet que j’ai eu il y a quelques jours avec une personne fantastique que je viens de rencontrer. Et en allant me coucher plus tard j’ai été tellement perturbée et j’ai tellement cogité que je me suis relevée pour écrire cet article, impossible sinon de déconnecter, j’avais trop de choses à dire.

Pour situé, ce #balancetonporc est sorti suite au scandale Weinstein, ce producteur américain qui aurait abusé, agressé et harcelé bon nombre de filles. Je ne sais pas qui a été la première à parler mais bravo à elle car l’effet boule de neige ne s’est pas fait attendre et aujourd’hui la liste est impressionnante… et effrayante.

Qu’autant de personnes parlent, ça a inspiré, et ce hashtag est né pour que chacune puisse s’exprimer. Malheureusement tant de choses sont dites maintenant ! Et qui ne l’ont pas été dites plus tôt. Pourquoi ? Et bien j’ai vite compris que c’est parce que lorsque l’on est une femme et que l’on parle de harcèlement ou agression on a tendance à nous ridiculiser ou diminuer la nature du problème.

Lorsque je parles avec des garçons plutôt sains d’esprit j’ai l’impression qu’ils sont incapable de prendre au sérieux mes explications quand je leur explique le harcèlement de rue auxquelles les femmes doivent faire face. Pour cela plusieurs explications : déjà eux-même ne se comportent pas ainsi donc ils ne pensent pas que d’autres puissent vraiment le faire ; ensuite ces soucis ont toujours lieu lorsqu’ils ne sont pas là, les hommes aimant attaquer les femmes seules, si on est avec un homme dans la rue ce n’est pas intéressant puisqu’on appartient à un autre, histoire de territoire ; ils n’ont pas envie de faire l’effort de se mettre à notre place et il est plus facile d’éviter les sujets sensibles et les minimiser que de trouver les mots pour aider la personne qui y fait face.

Ainsi nous avons d’un côté les femmes : on s’en prend régulièrement, à plus où moins petite échelle, mais on en parle pas par peur de ne pas être écoutées ou pire, par honte. Ensuite nous avons les hommes normaux, qui n’en ont pas grand choses à cirer de tout ces « trucs de féministes » (comme si c’était une lubie…). Et enfin nous avons ces gros porcs.

Aujourd’hui je suis enceinte d’une petite fille, et ce n’est pas de ce monde que je veux pour elle. Nous vivons par bien des aspects dans un monde fabuleux, mais il a trop vite fait d’être terni par « quelques » individus malfaisants. J’aimerai l’en protéger mais je ne peux pas. Alors tout ce que je pourrai faire c’est « l’armer » pour faire face au monde. Certains utilisent le mot « princesse » pour parler d’elle puisque nous n’avons pas encore dévoilé le nom. Personnellement ça me hérisse. Ca part d’une très adorable intention et c’est un surnom affectueux. Mais je ne veux pas élever notre fille dans l’idée qu’elle ai besoin d’un prince ou d’être sauvée. De garder ce statut de pouvoir pour l’homme et d’assistée qui doive faire profil bas pour la femme. Peut-être que c’est aller loin. Vu ce qu’on peut voir pas tant que ça, les images ont parfois plus d’impact que des mots et notre fille ne sera pas une princesse.

Alors je ne pensais pas un jour en parler. Non pas par honte, mais par manque de sens au départ.

Mais aujourd’hui je me dis que si nous déballons chacune nos expériences et nous nous levons face à ce climat du très régulier dominéFéminin/dominantFallus, peut être que les mentalités changeront. Peut-être qu’une jeune fille agressée osera en parler à ses parents. Peut être que certains hommes correct se rangeront de nôtre côté pour un peu de soutien. Peut être que ces hommes auront peur et arrêteront. Peut être que les pires seront condamnés et ne pourront plus nuire.

Alors tout ça m’a bien fait cogité, m’a maintenu réveillé, et en tournant dans mon lit je me suis dit : ça va, j’ai des gars qui parlent gras dans la rue à coup de « tu viens chez moi », « suce ma bite », « oh salope » et j’en passe, mais ça va encore. Sauf qu’en y réfléchissant j’ai du mal à concevoir qu’en pensant à tous ça je trouve que « ça va », nan mais franchement ça va pas ! C’est quoi ce climat de merde à trouver banal de ne pas pouvoir marcher dans la rue sans se faire agresser sous prétexte qu’on a un vagin ! Alors je me suis levée, et j’ai écrit ces lignes.

Et ensuite je me suis rendue compte que j’avais moi-même vécu des agressions plus sérieuses, mais qu’on conditionne la femme à toujours les minimiser. A se dire que « c’est peut être ma faute », « j’aurais du réagir », « ce n’est pas si grave », ou pire « il n’a pas fait ça méchamment » (comme si un homme n’est pas conscient de la notion de consentement). Alors on préfère oublier. Du coup c’est quand même le comble, parce qu’on se sent coupable alors qu’on est victime et qu’à aucun moment une femme (ou pire une petite fille !) ne devrait prendre sur elle parce qu’un homme est un agresseur qui choisi ses actes et la prend pour un objet ! Alors voici mes #balancetonporc qui viennent s’ajouter aux cas classiques de non-respect d’hommes et harcèlements de rue auxquelles ont a toutes droit :

#balancetonporc Je suis très jeune, encore en primaire, sans me souvenir de la période exacte c’est à peu près là que je le situe, vers le CM1-CM2 je dirai, mais avec le temps, la mémoire me fait défaut. Bref, je suis encore très jeune. Je ne m’étalerai pas sur le Qui car pour moi ça n’a pas d’importance, il ne représente rien, et surtout je ne suis pas ici pour régler des comptes avec lui, il n’y a pas mort d’homme et je ne suis pas à ce point traumatisée que de vouloir 15ans après réclamer justice pour quelqu’un que je ne reverrai plus jamais.
Toujours est-il qu’un jour cet homme m’as dit « tu as un truc sur ton t-shirt » je regarde naïvement et j’avais effectivement un truc brodé (bon là je ne peux pas en demander plus à ma mémoire) et je lui réponds en lui disant ce qu’il y a brodé/inscrit. Celui-ci me dit en se rapprochant de moi « non non, regarde tu as un truc » et là il me pince/tripote mon téton qu’on devinait sous le tissu. Sincèrement, aucun souvenir de comment j’ai réagit, c’était il y a longtemps, je sais que j’ai été très perdue, décontenancée et je crois que me suis barrée vite fait bien fait vers là où il y avait du monde… comme si de rien n’était. Et franchement, c’est pas un cas super grave comme on en entend parfois parlé. Mais c’est carrément tordu et une petite fille n’a pas à se faire tripoter le téton par un vieux porc, et en plus avoir honte et croire qu’elle a fait quelque chose de mal !

#balancetonporc Je devais avoir surement 18-19ans. Je suis un weekend prolongé avec mon ex et sa famille en allemagne. L’endroit est sympa et les trois filles (moi, mon ex-belle-mère et mon ex-belle-soeur) on décide de se faire un petit plaisir en se payant un soin, toutes les même. On passe l’une après l’autre comme il n’y a qu’un masseur. Durant la séance le masseur (qui jusqu’à présent semblait tout à fait normal) me dit de me retourner et me coucher sur le dos, ce que je fais. J’avais déjà eu quelques massages et certains incluaient effectivement des massages ventraux donc jusqu’à présent rien de choquant. Celui ci commence par me masser le ventre puis remonte vers la poitrine. Là, gros doute : est ce que c’est normal, est ce que ça ne l’est pas ? C’est peut-être un truc allemand ? Est ce que j’ai le droit de dire quelque chose ? Comme c’est son travail et qu’on ne parle pas la même langue je n’ose rien dire. On est quand même dans un endroit professionnel, je suis jeune et j’ai peur de faire un scandale (franchement c’est débile, mais en même temps sur le coup c’est très difficile de réagir). Donc je prends sur moi. A la fin du massage lorsque je me relève, je le vois s’avancer vers moi bizarrement. Je prends donc rapidement la poudre d’escampette, il fait vraiment flipper en fait. Une fois de retour dans ma chambre je raconte ma mésaventure à mon ex. Celui ci ne tique pas spécialement même s’il trouve cela bizarre il me rassure en me disant que ça doit être effectivement un truc de massage allemand. Lorsqu’on rejoint les autres pour manger mon ex dit en rigolant à sa mère et sa belle-soeur « alors c’était comment votre massage des seins ? » et la … blanc et malaise puis je crois qu’il ont rit. A priori ça ne faisait pas partie du soin, j’ai eu tout à coup super honte. Cet enfoiré a tout simplement abusé de moi, et je n’ai même pas osé m’en plaindre à l’hôtel car je me suis culpabilisée en me disant que j’aurai du réagir malgré avoir été déconcertée et un peu flippé. Voilà, toujours pareil, l’homme utilise son pouvoir, il abuse, il est malsain, il fait le choix de violer notre intimité et réussit encore à nous faire culpabiliser parce que c’est ce que veut la société, ne rien dire.

#balancetonporc Je fréquentais un homme, dont je ne rentrerai volontairement pas plus dans les détails car encore une fois je veux balancer mais pas forcément me pourrir la vie maintenant à cause d’un mec comme ça. Ce mec avait beaucoup d’un mec bien et un fond pas mauvais, d’ailleurs je pense que lui-même jamais n’a compris où était le problème. D’ailleurs c’est quand même ça qui est grave : c’est tellement dans les meurs que la femme doit être là pour assouvir les envies des hommes que la notion de consentement est floue pour beaucoup, même ceux qui ne sont pas les plus tordus ! Parfois la l’agression sexuelle ce n’est pas avec des inconnus mais aussi au sein d’un couple ou d’une relation. Même si sa forme est différente, chacun est maître de son corps et le respect mutuel de celui-ci est impératif. Mais parfois les frontières paraissent fragiles et l’on se sent salie par quelqu’un avec qui on est déjà intime.
Et bien cette personne que je connaissais bien a pensé que puisque j’étais consentante réveillée, mon corps lors de mon sommeil lui appartenait tout autant ! Me voilà donc réveillée, au beau matin, par son sexe en moi ! Rien qu’en y pensant aujourd’hui je me dis « mais what? ». Alors parce que je dormais, qu’il avait a priori envie, et qu’en glissant sa main sous la couette il aurait senti un peu d’humidité, il se serait dit que c’était une bonne idée que de venir se fourrer là dedans. Que puisque je ne disais pas non (pourtant la notion de réveil/sommeil est assez rudimentaire, non?) c’est que ça voulait surement dire oui. Le pire ? Même après lui avoir expliqué que c’est mal et un manque total de respect envers moi et mon corps… Celui ci l’a refait une autre fois un moment après. Cette fois ci je me suis énervée mais je n’ai plus essayé d’expliquer. Ca n’allait déjà pas fort mais là c’était bel et bien fini.

Voilà, je livre ici ces histoires très personnelles. Non pas pour demander des comptes ou réclamer la justice car c’est trop tard mais surtout j’en ai plus rien à faire. Mais franchement, j’espère que chacune aura le courage de partager ses expériences sombres afin que les gens prennent conscience de l’ampleur énorme du problème, que les femmes n’aient plus honte de se défendre ou d’en parler même après coup ; et que les mentalités, qui sait, changeront peut être un jour. Pour ma fille qui verra le jour dans quelques petites semaines, je le souhaite de tout coeur.

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