J’avais déjà été conquise par le style de Jean-Marc Vallée comme j’en ai parlé pour Wild. Après la sortie de Démolition la semaine dernière mon sentiment s’est confirmé. Je suis allée le voir au Cinéma Palace. J’y ai pris une carte afin de pouvoir y aller plus souvent, parce que là bas (en plus d’être à des tarifs très accessibles) les films sont en VOSTF et la programmation beaucoup plus intéressante que dans les grands cinémas.

Demolition : Affiche

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Date de sortie : 6 avril 2016 (1h 41min)
De : Jean-Marc Vallée
Avec : Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper plus
Genre Drame
Nationalité : Américain

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Synopsis

Banquier d’affaires ayant brillamment réussi, Davis a perdu le goût de vivre depuis que sa femme est décédée dans un tragique accident de voiture. Malgré son beau-père qui le pousse à se ressaisir, il sombre de plus en plus. Un jour, il envoie une lettre de réclamation à une société de distributeurs automatiques, puis lui adresse d’autres courriers où il livre des souvenirs personnels. Jusqu’au moment où sa correspondance attire l’attention de Karen, la responsable du service clients. Peu à peu, une relation se noue entre eux. Entre Karen et son fils de 15 ans, Davis se reconstruit, commençant d’abord par faire table rase de sa vie passée …

Mon avis

Suite au visionnage du film je suis allée faire un tour par le célèbre site de films afin d’en lire les avis qui ont été générés par les spectateurs. Le bilan est mitigé entre des commentaires assassins exprimaient tous la même chose : « juste un film où on le voit casser des trucs », « le film est plat, c’est raté » ou encore « le personnage principal n’a aucune émotion et ne communique rien » ; et des commentaires louant le génie du réalisateur et la qualité des acteurs.

Mon avis est donc personnel, et pour moi c’est un film magnifique et très profond.

Les acteurs tout d’abord incarnent à merveille leur personnages et sont choisi avec talent.
Un Jake Gyllenhaal qu’on ne présente plus après ses performances dans Night Call, Prisoners, Source code ou plus anciennement Donnie Darko. Il incarne à merveille Davis Mitchell, ce jeune veuf qui ne pleure pas sa femme.
Naomi Watts incarne Karen Moreno, une mère perdue, un peu camée, mais très généreuse.
Judah Lewis se met dans la peau de Chris Moreno, un garçon qui se recherche.
Et Enfin le célèbre Chris Cooper qui joue le rôle Phil, le père de la défunte, dont le rôle est plutôt discret mais qui donnera un conseil important à Davis : pour réparer quelque chose il faut le démonter, analyser chaque pièce et réparer ce qui en a besoin.
Demolition : Photo Naomi Watts

Les relations humaines

Davis envoie des lettres à un service réclamation pour se défouler, pensant que personne ne les lira. Sauf que Karen qui travaille au service client est bouleversée par ces lettres. Elle l’appelle, ils jouent au chat et à la souris quelques jours puis finissent par se rencontrer. Tous deux semblent au départ attirés. Karen, qui est déjà en couple avec un homme qu’elle n’aime pas. Davis jeune veuf qui semble indifférent au deuil. On voit gros comme une maison une romance naître, c’est presque trop facile, trop gros, trop classique.
Sauf qu’en fait naît une histoire platonique entre les deux personnes. Aucun amour, juste deux personnes brisés (mais pas déprimants!) par la vie et qui cherchent la sincérité et un lâcher prise. La relation est donc très intéressante. Il fini presque par vivre là bas, elle l’accompagne à une soirée, ils font une virée ensemble. Pourtant on dirait plus un frère et une sœur. L’amitié homme/femme ? Un grand mystère assez intéressant.

Davis rencontre donc Chris, le fils de Karen. Un jeune homme un peu perdu, qui se recherche, dont on sent le besoin d’exploser et d’évacuer. Une belle amitié naît du besoin commun des deux personnages de tout casser, de se défouler. Davis aide Chris à s’accepter. Chris aide Davis à mieux se comprendre. Un duo magique et explosif qui m’a le plus marqué durant le film.

Demolition : Photo Jake Gyllenhaal, Judah Lewis

Demolition : Photo Jake Gyllenhaal

Davis et ses beaux-parents, une histoire compliquée. On pourrait croire qu’il s’agit du gendre que ces deux parents ne veulent pas avoir. Puis on comprend que Phil est attaché à lui. Ils travaillent ensemble et Phil semble plus déçu comme un père qui voit son fils le décevoir, que comme un beau-père en colère. Encore ici une relation compliquée, mal définie. A la fin, le pardon ?

J’ai beaucoup apprécié la diversité des personnages, la profondeur des relations qui ne restent pas superficielles mais qui sont décortiqués et sans complexes.

Démolition

Par étapes : d’abord il cherche à comprendre, il démonte, analyse, est fasciné par le fonctionnement des objets qui l’entourent. Il s’agit en fait d’une introspection dans son propre cerveau. Avant il se laissait vivre, suivait le mouvement, allait travailler. Mais ne vivait pas sa vie. Maintenant qu’il est confronté au drame, et avec le précieux conseil de son beau-père qu’il écoute à demi au départ, il essaie de comprendre les sentiments et le fonctionnement humain.

Par la suite il démolit sa maison, certains y ont sans doute vu de la pure violence, rien d’utile. En réalité je trouve déjà la métaphore très explicite. De plus il applique le conseil de tout démonter pour tout reconstruire à lui mais plus à de simples objets. En désossant sa maison il décortique ses sentiments, la vie qu’il a eu, les choix qu’il a fait.

Demolition : Photo Jake Gyllenhaal

Un drame ?

Qu’en est-il donc du couple brisé de Julia et Davis ?

Le film parle de deuil sans parler de mort. L’ambiance n’est en rien glauque. On voit à plusieurs reprises Julia qui hante Davis. Malgré son détachement total, le doute quant à la véracité de leur amour, qui était sans doute plus un confort. Julia est présente. Ils ont partagé des choses ensemble. Et c’est par son cheminement, ses rencontres et ces « démolitions » que Davis fini par accepter le deuil, qu’il comprend ses sentiments.

Il s’agit pour moi tout autant qu’un drame qu’une ode à la vie.

Un coup de coeur

Tu dois t’en douter, ce film est un réel coup de cœur pour moi. L’ambiance cinématographique et les plans lents, propres à Jean Marc Vallée, est un point essentiel dans Démolition. Il lui donne de la profondeur. Les acteurs ont toute la place pour s’ouvrir. J’ai à plusieurs reprises contenu une petite larme. Non pas parce que le film est triste, mais parce qu’il est intense et très communicatif. Les acteurs et les personnages qu’ils incarnent sont tellement justes… Bref, il faut aller le voir.

As-tu vu ce film ? Qu’en as-tu pensé ?
Sinon, aurais-tu envie d’aller le voir ?

Photos : Allociné, Copyright 2016 Twentieth Century Fox